Les non-résidents et l'impôt sur la fortune en Espagne : la Cour suprême autorise l'application du plafond de revenu commun
June 18, 2026

L'imposition du patrimoine des non-résidents en Espagne est depuis des années une question quelque peu complexe et, dans de nombreux cas, contre-intuitive. Cela s'explique essentiellement par le fait qu'elle recoupe deux domaines distincts : le système fiscal espagnol et la réglementation de l'Union européenne.
Ces dernières années, une question très importante s'est posée : une personne qui ne réside pas en Espagne mais y possède des actifs (par exemple, un ou plusieurs biens immobiliers) peut-elle bénéficier d'une réduction de l'impôt sur la fortune en fonction de ses revenus, tout comme les résidents ?
Et ce n'est pas un détail mineur. De nombreux non-résidents possèdent des biens immobiliers en Espagne, mais ne disposent pas toujours de revenus élevés dans ce pays. Cela peut se traduire par un impôt sur la fortune relativement élevé par rapport à leur situation financière réelle.
Le problème de fond : des biens en Espagne, mais peu de revenus
Pour mieux comprendre cela, prenons un exemple simple.
L'impôt sur la fortune est prélevé sur ce que vous possédez (par exemple, un bien immobilier). En revanche, l'impôt sur le revenu est prélevé sur ce que vous gagnez chaque année.
Cela peut conduire à des situations telles que celle-ci :
- Un non-résident possède un bien immobilier en Espagne.
- Il ne perçoit pratiquement aucun revenu en Espagne.
- Ses revenus principaux proviennent de son pays de résidence.
- Pourtant, il doit tout de même payer l'impôt sur la fortune en Espagne.
Le résultat peut sembler quelque peu injuste : vous payez des impôts sur quelque chose que vous possédez, sans pour autant disposer d'un revenu élevé correspondant.
La « limite combinée » : un concept clé
Il existe un mécanisme appelé « limite combinée », qui sert en pratique à éviter que le montant total de l'impôt sur le revenu et de l'impôt sur la fortune ne devienne excessif par rapport aux revenus d'une personne.
En termes simples :
Si une personne dispose d’un faible revenu, l’impôt sur la fortune peut être réduit afin que la charge fiscale totale ne soit pas disproportionnée.
Cette réduction est toutefois plafonnée : en règle générale, elle ne peut dépasser 80 % de l’impôt dû.
Le principe est tout à fait logique : si une personne dispose de moyens financiers limités au cours de l’année, elle ne devrait pas avoir à supporter une charge fiscale excessive simplement parce qu’elle détient des actifs.
Et qu'en est-il des non-résidents ?
C'est là que résidait le problème.
Cet avantage s'appliquait traditionnellement aux résidents fiscaux en Espagne, car il est lié à l'impôt sur le revenu des personnes physiques espagnol. Or, les non-résidents ne paient pas l'impôt sur le revenu des personnes physiques espagnol sur leurs revenus mondiaux, mais dans leur pays de résidence.
Cela soulevait une question importante :
Un non-résident peut-il bénéficier de cette même limite si ses revenus proviennent d'un autre pays ?
Pendant des années, la réponse de l'administration fiscale a été non.
La clé européenne : éviter les différences injustifiées
Cependant, le droit de l'Union européenne instaure un principe très important : la libre circulation des capitaux.
En termes simples, cela signifie qu'aucun obstacle injustifié ne peut être opposé à une personne originaire d'un autre pays de l'UE qui souhaite investir ou acquérir un bien immobilier en Espagne.
Par conséquent, la question clé n’est pas de savoir si une personne est résidente ou non, mais si la différence de traitement est réellement justifiée.
Et cela soulève la question suivante : si l’objectif de la limite est d’éviter une charge excessive liée aux revenus, est-il logique d’exclure automatiquement les non-résidents ?
Ce qu’a récemment statué la Cour suprême
Dans deux arrêts rendus fin 2025, la Cour suprême a franchi une étape importante.
En substance, elle a confirmé qu’il n’était pas correct de refuser automatiquement cet avantage aux non-résidents au seul motif qu’ils ne paient pas l’impôt sur le revenu des personnes physiques en Espagne.
Plus important encore, la Cour admet que les revenus provenant du pays de résidence (par exemple, la Belgique dans l’affaire en question) peuvent être pris en compte lors de l’application de cette limite.
En d’autres termes : il n’est pas nécessaire d’être résident fiscal en Espagne pour déterminer s’il existe une charge fiscale disproportionnée.
Quels changements cette doctrine entraîne-t-elle ?
Sur la base de ces décisions, le principe fondamental est le suivant :
- Il ne suffit pas de se contenter de dire : « C'est un non-résident, donc cela ne s'applique pas ».
- Il faut examiner la situation réelle du contribuable.
- Si la comparaison avec un résident est raisonnable, les mêmes critères peuvent être appliqués.
En d’autres termes, on passe d’une approche très formelle (résident vs non-résident) à une approche plus réaliste : combien la personne gagne et quelle charge fiscale elle supporte.
Ce qu’un non-résident doit prouver
Bien que cette doctrine soit favorable, elle ne s’applique pas automatiquement.
Il sera nécessaire de fournir des informations telles que :
- le fait que la personne est un non-résident ;
- les actifs qu’elle détient en Espagne ;
- le montant de son revenu total ;
- le lieu où ce revenu est imposé ;
- la manière dont tout cela influe sur l’assujettissement à l’impôt sur la fortune.
En d’autres termes, il faut démontrer la situation financière réelle, et non pas se contenter de l’affirmer.
Ce que cela signifie concrètement
Cette mesure peut concerner de nombreux propriétaires étrangers en Espagne.
En particulier si :
- ils possèdent un bien immobilier de grande valeur ;
- leurs revenus ne sont pas très élevés ;
- ils paient déjà l'impôt sur la fortune en Espagne.
Dans ces cas-là, il peut être intéressant de vérifier si cette réduction s'applique.
Conclusion
La Cour suprême a ouvert la voie à une interprétation plus souple, mieux adaptée à la réalité économique des contribuables non-résidents.
L'approche ne consiste plus à exclure automatiquement ceux qui ne vivent pas en Espagne, mais plutôt à évaluer s'il existe véritablement une différence justifiée.
Et, dans de nombreux cas, cela pourrait entraîner une réduction significative de la charge fiscale.
Si vous possédez des biens en Espagne et que vous êtes non-résident, il peut être utile d'examiner votre situation en détail, car cette approche pourrait avoir une incidence directe sur votre obligation fiscale.
Si vous souhaitez en savoir plus sur la fiscalité des non-résidents et les questions connexes, ou si vous avez besoin d'une assistance personnalisée, n'hésitez pas à nous contacter ou à consulter notre site web IberianTax.